Offre d'emploi fantôme : ce que dit la loi, les vrais chiffres et comment la repérer

Offre d'emploi fantôme ou fausse annonce ? Ce que dit le Code du travail, les seuls chiffres français publiés avec leur méthode, les signes qui comptent vraiment et où signaler l'offre.

Une offre d'emploi fantôme est une annonce en ligne derrière laquelle il n'y a pas d'embauche, ou pas bientôt. Le poste est déjà pourvu, gelé faute de budget, ou l'annonce reste publiée pour recevoir des CV. Vous postulez, vous adaptez votre lettre, et rien ne se passe, parce que rien ne pouvait se passer.

Ce n'est pas le ghosting, ce silence d'un recruteur après une vraie candidature (nous en parlons dans pas de réponse à une candidature). Ce n'est pas non plus une arnaque, même si les deux se confondent souvent. Les articles qui traitent le sujet reprennent des sondages américains et un chiffre français dont personne ne publie la méthode. Celui-ci part de ce qui existe en France : le Code du travail, les chiffres que le ministère a publiés au Journal officiel, et les règles des plateformes.

En France, la loi interdit déjà l'offre fantôme

On lit partout qu'« aucune loi » n'interdit les ghost jobs. C'est vrai aux États-Unis. En France, l'article L5331-3 du Code du travail interdit de diffuser une offre d'emploi « comportant des allégations fausses ou susceptibles d'induire en erreur », et il cite en premier :

1° L'existence, le caractère effectivement disponible, l'origine, la nature et la description de l'emploi ou du travail à domicile offert ;

« Le caractère effectivement disponible » : le texte vise mot pour mot l'annonce d'un poste qui n'est pas à pourvoir. Les deux autres points portent sur la rémunération et le lieu de travail.

La sanction est dans l'article L5334-1 : un an d'emprisonnement et 37 500 euros d'amende. Le responsable est l'annonceur, c'est-à-dire l'entreprise qui a demandé la publication. Le site d'emploi ne répond de l'infraction que s'il a publié l'offre sans que l'annonceur le lui demande.

Ce texte ne vous donne pas de recours contre une entreprise qui ne vous a pas répondu. Il dit en revanche qu'une annonce qui ment sur l'existence du poste est une infraction, pas une simple maladresse. C'est l'argument à citer quand vous la signalez.

Combien d'offres sont fantômes ? Qui a compté, et comment

Le chiffre le plus repris en France est « 338 000 offres fantômes sur 1,3 million analysées », attribué à l'éditeur RH Seeqle. Nous n'avons trouvé nulle part sa méthode : ni la période, ni les sites, ni la définition d'une offre fantôme. Les autres chiffres qui circulent (« 22 % », « 43 % des managers ») viennent de sondages menés aux États-Unis, au Royaume-Uni ou en Allemagne.

Il existe pourtant des chiffres français dont on connaît la méthode. Ils ne mesurent pas tous la même chose :

Qui a compté Sur quoi Résultat
Ministère du Travail, JO 2023 3,6 millions d'offres déposées à Pôle emploi en 2022 (≥ 1 mois) 83,4 % pourvues, 7,5 % en cours, 2,9 % annulées, 6,2 % abandonnées
Pôle emploi, étude auditée 4 973 offres en 2021 94,8 % conformes au cadre légal
CGT, militants dans 13 villes Plus de 1 900 offres, septembre 2022 76 % d'offres jugées mensongères
CGT, une quinzaine de militants 1 035 offres sur francetravail.fr, 2 au 4 septembre 2026 567 offres jugées illégales ou non conformes (54,8 %)
France Travail, en réponse 5 000 offres tirées au hasard, audit indépendant 7,1 % d'anomalies

Les trois premières lignes viennent de la réponse du ministère à la question écrite n° 7070, publiée au Journal officiel le 6 juin 2023. Les deux dernières viennent du relevé de septembre 2026, tel que repris par l'association AC ! (nous n'avons pas trouvé le communiqué de la CGT lui-même).

La ligne qui parle le plus d'offres fantômes est la première. Sur les offres déposées à Pôle emploi en 2022, 2,9 % ont été annulées en cours de route, « besoin disparu, manque de budget ou autres raisons ». C'est la définition même d'un poste gelé. Même en tenant pour suspectes toutes les offres encore « en cours » au moment du comptage, on arrive à 10,4 %, loin d'une sur quatre. Une limite à garder en tête : ce chiffre dit comment chaque recrutement s'est terminé, pas combien de temps l'annonce est restée en ligne après. Une offre pourvue en mars et toujours affichée en juin compte parmi les 83,4 % « pourvues ».

L'écart entre la CGT et France Travail ne se règle pas en prenant la moyenne. Le ministère reproche à la CGT un périmètre « très restreint et pas représentatif », et de mélanger qualité et légalité (une offre sans planning n'est pas illégale). La CGT cible des métiers en tension et compte, en plus des postes fantômes, les descriptions trompeuses, les doublons et les annonces qui ne servent qu'à collecter des CV. Les deux disent une chose vraie : la part d'offres douteuses dépend énormément du métier et du site.

Et aucun de ces chiffres ne couvre LinkedIn, Indeed ou les pages carrière. Pour ces sites, nous n'avons trouvé aucune mesure française publiée avec sa méthode.

Pourquoi une entreprise laisse une offre en ligne

Les raisons citées partout se ramènent à quatre :

Seules la deuxième et la troisième relèvent d'une décision. Pour vous, le résultat est le même, mais ça explique pourquoi une entreprise par ailleurs sérieuse peut avoir une annonce fantôme en ligne.

Une offre republiée n'est pas forcément une offre fantôme

« Méfiez-vous des annonces republiées » est le conseil le plus répandu. Il oublie que les plateformes ferment les annonces à date fixe.

Sur LinkedIn, une annonce gratuite est mise en pause au bout de 14 jours et fermée au bout de 30 si l'employeur ne la sponsorise pas, et une annonce fermée puis republiée compte comme une nouvelle annonce, avec une nouvelle date. Sur Indeed, une annonce gratuite reste visible jusqu'à 30 jours. Une PME qui recrute un comptable pendant trois mois sans payer de sponsoring peut donc republier la même annonce deux ou trois fois. Le poste est bien réel.

Le signal, c'est la durée, pas la date : le même poste visible en continu pendant des mois, sur plusieurs sites, sans que l'annonce change d'une ligne. Pour le voir, il faut avoir gardé l'ancienne version et pouvoir comparer.

La date d'expiration ne vous apprend rien

Les pages d'offre contiennent, cachées dans leur code, deux dates que Google et les agrégateurs lisent : la date de publication (datePosted) et la date d'expiration (validThrough), que Google définit comme la date à laquelle l'annonce expire.

Nous avons regardé ce qu'en fait France Travail. Le 1er octobre 2026, nous avons lancé quatre recherches sur francetravail.fr (comptable, aide-soignant, développeur, vendeur), avec le tri par défaut, et ouvert les six premières offres de chacune. Sur les 24 pages, 24 déclarent une date d'expiration exactement un an après la date de publication. Une date identique sur 24 offres sur 24 est une valeur par défaut, pas une décision de l'employeur. Si un agrégateur affiche une offre « valable jusqu'en 2027 », cela ne vous dit donc rien sur l'état du recrutement. Fiez-vous à la date de publication, et vérifiez si l'annonce est toujours sur le site d'origine.

Les signes qui comptent, et combien ils pèsent

Aucun signe isolé ne prouve qu'une offre est fantôme. Ce qui compte, c'est leur accumulation. C'est ainsi que fonctionne notre vérificateur d'offre d'emploi, gratuit et sans compte : il pose une question à la fois, accepte « je ne sais pas » comme réponse, et calcule tout dans votre navigateur, sans IA et sans rien envoyer.

Il pèse six signes d'offre fantôme :

Signe Poids
L'annonce a plus d'un mois, ou a été republiée 2
Le poste est absent de la page carrière de l'entreprise 2
Le même poste est affiché en permanence depuis des mois 2
Aucun salaire ni fourchette 1
Description vague ou générique 1
Aucune équipe, aucun manager ni recruteur nommé 1

Le risque passe à « moyen » à partir de 2 points et à « élevé » à partir de 5. Concrètement, une annonce sans salaire, à elle seule, reste à « faible » : beaucoup d'offres sérieuses en France n'affichent pas de salaire. Une annonce ancienne, absente du site de l'entreprise et toujours ouverte depuis des mois atteint « élevé ». Et l'outil refuse de conclure « faible » tant que vous n'avez pas répondu par oui ou non à au moins trois des six questions : ne pas savoir ne rassure pas.

La vérification la plus rentable reste la page carrière. Si le poste y figure, postulez par là. S'il n'y figure pas alors que l'entreprise a une page carrière à jour, c'est le signe le plus parlant dont vous disposez en deux minutes.

Offre fantôme ou arnaque : deux risques à ne pas additionner

Une offre fantôme vous coûte du temps. Une arnaque vise votre argent ou vos papiers. Les mélanger fausse le jugement dans les deux sens : une vieille annonce sans salaire n'est pas une fraude, et une offre toute neuve et bien payée peut en être une.

Le vérificateur calcule donc deux résultats séparés. Côté arnaque, trois réponses suffisent à elles seules à classer le risque « élevé », parce que les sources officielles disent qu'un employeur honnête ne le fait jamais :

France Travail rappelle qu'il ne vous demandera jamais de verser de l'argent ni vos coordonnées bancaires par e-mail ou SMS, et ajoute aux signes d'alerte une adresse e-mail qui ne correspond pas à l'entreprise, un recrutement entièrement en ligne sans entretien et la pression pour signer vite. Cybermalveillance.gouv.fr détaille quoi faire si vous avez déjà répondu. Côté droit, l'article L1221-6 du Code du travail limite les informations demandées à un candidat à celles qui ont « un lien direct et nécessaire » avec le poste : votre RIB n'en fait pas partie avant l'embauche.

Signaler une offre fantôme ou frauduleuse

Le bon canal dépend de ce que vous avez vu :

Une offre simplement fantôme ne justifie pas une plainte. Le signalement à la plateforme suffit, et c'est ce qui peut la faire retirer pour les candidats suivants.

Postuler quand même, sans y laisser votre semaine

Vous ne saurez presque jamais avec certitude qu'une offre était fantôme. La bonne réponse n'est donc pas de ne plus postuler, mais de doser l'effort : une candidature rapide sur une offre douteuse, une candidature soignée sur une offre vérifiée, et votre recherche qui continue en parallèle.

Deux habitudes aident. La première : gardez le texte de chaque offre le jour où vous postulez. Si l'annonce disparaît avant l'entretien, vous l'avez encore (c'est tout l'objet de notre guide pour retrouver une offre d'emploi supprimée), et si elle réapparaît trois semaines plus tard avec une nouvelle date, vous pouvez comparer. La seconde : notez où en est chaque candidature, pour voir lesquelles n'ont jamais bougé. Le guide sur les statuts de candidature explique ce que « vue » ou « en cours d'examen » veut dire sur chaque site.

L'extension HiredFolio fait la première partie en un clic : elle enregistre une offre LinkedIn, Indeed, France Travail ou d'une page carrière dans votre suivi, avec la description complète et la date du jour.

À retenir avant la prochaine annonce qui vous tente

01

Cherchez le poste sur la page carrière de l'entreprise avant de postuler, et postulez par là s'il y est.

02

Jugez une annonce sur sa durée en ligne et sur les signes cumulés, pas sur sa seule date de republication.

03

Signalez l'offre à la plateforme dès qu'elle ment sur le poste, et ne payez rien ni n'envoyez vos papiers avant un entretien.

Un doute sur une annonce précise ? Passez-la au vérificateur d'offre d'emploi, ça prend deux minutes.

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